Mathias Pérez


Un peintre, aujourd’hui, qu’est-ce ? Un artiste ? Un performeur ? Un vidéaste ? Un créateur  – mais de quoi ? De ready-made, d’objets biotechnologiques, d’art numérique ? Ne doit-il pas se confronter avant tout à la technoscience industrielle et à la télécommunication, jouer de la reproduction et axer son travail sur la transmission ? Il paraît impossible à quiconque de se lancer dans un projet artistique dans l’ignorance de pareilles questions, d’autant qu’elles s’imposent sur les ruines de la « tradition du nouveau », de l’illusion des révolutions enchainées dans leurs déchainements… Qui se contenterait encore de contester la représentation classique au nom d’une prétendue création moderne sans être conscient de l’inanité des modes, des écoles, des mouvements, des avant-gardes, au bout du compte de la baudruche de l’originalité dégonflée en marchandise ?

Mathias Pérez peint depuis trois décennies, voit des expositions et lit des livres ou des revues, enseigne dans une école d’art : il n’ignore donc rien de cette situation, il ne peut pas ne pas être conscient de ces impasses. Cependant, il fréquente au moins autant des écrivains que des artistes – il dirige même une maison d’édition, « Carte Blanche », où il publie surtout une revue, « Fusées – littérature, arts, cinéma, gastronomie, sports »… Et reste que, envers et contre tout, il peint, qu’il n’a cessé de peindre, sur des tableaux cadrés, avec le matériel et les techniques habituels des peintres. Pourquoi cette obstination qu’il est d’ailleurs loin d’être seul à partager ? Sans m’engager plus loin dans la discussion, j’ose avancer cette hypothèse : les surenchères de styles et de techniques ne font que perpétuer les compulsions du modernisme et, si personne ne peut exclure qu’un artiste puisse, au moyen de n’importe quelle technique, refrayer nos perceptions, sinon nos significations (au sens actif qui serait mieux écrit « signifiances » pour indiquer un présent participant au façonnement des signes), les questions mises en jeu dans la peinture restent tendues selon cette même exigence de retracer nos façons de « voir ».

Quelles sont ces questions et bien plus quelles sont les réponses en acte que Mathias Pérez leur a trouvées ? Il est temps de le suivre, de suivre un parcours de peintre marqué par la pluralité de ses approches, car en ce sens, tout peintre devient des peintres, là où se constituent les événements de son expérience.

 

Extrait d'une préface de Eric Clémens pour un livre de Mathias Pérez
Télécharger le texte entier en PDF


http://mathiasperez.com